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When all is said and done … IFPO, tentative de bilan.

On m’a demandé, il y a déjà pas mal de temps, de faire un bilan de mon expérience à l’IFPO, Beyrouth, 2013-2014.

J’en avais déjà beaucoup parlé dans un autre article, et je ne sais pas si ce que je vais bien pouvoir apporter de plus utile, mais on ne sait jamais.

Mon expérience à Beyrouth a été mitigée. Comme je l’avais déjà mentionné, il est difficile de progresser en arabe dialectal tant les beyrouthins sont avides de pratiquer leur français ou leur anglais. Pour cela, il faut sortir de la ville, ou alors traîner dans les quartiers peu recommandés par l’ambassade ! Mais comme ville pour y vivre, même si elle ne donne pas la sensation d’être dans un pays arabe (elle a un air surtout méditerranéen), c’était une expérience que je ne regrette pas, pollution et bruit incessant y compris … Et j’aurais bien aimé pouvoir y rester plus longtemps. Pour ceux qui veulent continuer à vivre à peu près comme en Europe (avec éléments tels que alcool, boîtes de nuits et jupes courtes), c’est la ville idéale. Pour ceux qui veulent une ambiance un peu plus calme et traditionnelle, visez l’IFPO à Amman qui vient d’ouvrir un stage là bas aussi …

Quant à l’IFPO … Beaucoup de choses à dire, mais je ne sais pas si je pourrai toutes les exprimer ici. Je connais au moins une personne qui a eu une expérience assez négative, ne supportant pas ce système français très scolaire et les traces d’orientalisme que l’on pouvait rencontrer dans les cours et les discours de certains professeurs. Mais l’écrasante majorité des étudiants en sont très contents.

Le système scolaire est à bien prendre en compte quand on s’apprête à s’inscrire dans ce stage : devoirs, absences contrôlées (et à justifier), horaires déterminés et pas toujours agréables (beaucoup de pauses entre les cours où il faut savoir s’occuper si on ne peut rentrer chez soi), et petits groupes dans les classes qui font que « se mettre au fond de l’amphi et lire/regarder une vidéo/faire des mots-croisés si le cours est ennuyeux » n’est pas une option. Si le cours vous ennuie, vous être quand même obligé de faire semblant d’être dedans … Et j’ai remarqué que les étudiants français arrivaient mieux à tolérer ce système que les étudiants d’autres nationalités (anglo-saxonnes notamment) qui n’en pouvaient plus au bout de quelques mois.

Mais pour la plupart des inscrits, l’ennui n’est pas une option : le niveau est tellement élevé que vous n’aurez pas assez de vos nuits pour bosser, encore moins dormir. (J’étais cette année la seule à m’ennuyer, mais cela est dû à une erreur d’évaluation de mon niveau dont la responsabilité et les circonstances ne dépendaient pas du tout de l’IFPO … L’IFPO fait, de son côté, une bonne sélection je pense). C’est donc intensif, et ça dure sur neuf mois. Mais si le premier semestre en a déprimé plus d’un (j’ai dû remonter le moral à peu près tout le monde assez régulièrement au début), le deuxième et le troisième sont plus relax, ne serait-ce que parce que le rythme de croisière est pris et que tout le monde est installé dans une routine, et que les profs aussi veulent faire autre chose que corriger des devoirs.

Une des plus grosses qualités de l’IFPO : les cours individuels. 4 h par semaine pour 4 matières différentes aux choix, vous êtes seul à seul avec le prof, et là, vous sentez réellement les progrès, et l’efficacité de votre apprentissage. Avoir un prof à vous tout seul pendant 4h par semaine, le luxe total …

Il ne faut par contre pas s’attendre à apprendre grand-chose de neuf en termes de connaissances pures : les textes étudiés, souvent courts, m’ont souvent déplu (à l’exception de quelques cours où un souci de diversification était évident) : assez négatifs (et parfois clichés) et entretenant parfois cette sensation d’orientalisme qui irrite les gens comme moi qui sont passés pas l’anthropologie … Attendez vous parfois à des choses dignes d’un reportage de TF1, mais heureusement, d’autres cours très bien fait sont là pour rattraper la sauce. Mais l’argument étant que le stage est ultra-efficace au niveau linguistique, vous êtes là pour apprendre la langue, pas pour avoir un séminaire de science politique ou d’histoire médiévale. Pour le reste, à vous d’acheter des livres, de traîner dans les rues et discuter avec les gens. C’est bien un stage linguistique, et non pas un cursus d’études arabes …

On ne m’avait pas assez attiré l’attention sur ce point, et il faut donc que je prévienne les gens comme moi, dont les goûts et intérêts personnels font que j’ai plus apprécié mon année d’échange à l’université de Yarmouk en Jordanie : cours classiques de la licence d’arabe (pour étudiants arabes) où je devais me débrouiller pour apprendre la langue, sachant à peine aligner une phrase sans fautes, mais où le contenu, riche et nouveau pour moi, me donnait une motivation énorme que je n’ai pas retrouvée à l’IFPO … Idéalement, il aurait fallu que je fasse l’IFPO avant Yarmouk. Donc voilà mon avertissement principal : le stage linguistique de l’IFPO est très bon, très efficace, et je le recommande à n’importe qui, mais il faut savoir exactement ce qu’il signifie : langue langue langue, organisation, et re-langue, jusqu’au dégoût parfois ! A savoir aussi que ce stage est plus axé sciences politiques et actualités que littérature (il y a bien sûr des cours de littératures, mais trop peu approfondis). Pour le reste, à vous de sortir … Sachant que l’IFPO propose de toutes façons des conférences et des activités pour se changer les idées.

Pour terminer, les professeurs : la plupart syriens, ils sont en général très compétents et disponibles, c’est très agréable et très encourageant de pouvoir poser n’importe quelle question n’importe quand. Leur enseignement est généralement bon, basé sur l’écrit autant que l’oral (pas un seul mot de français ou d’anglais prononcé, sauf dans le cours de traduction). L’entraînement à l’oral est parfois insuffisant (naturel du fait de l’organisation en classe), mais vous pouvez palier à cela avec les cours individuels sans problème.

Il faut simplement prendre en compte qu’étant syriens, ces professeurs ont souvent des histoires personnelles inimaginables et tristes : ils viennent d’un pays en guerre, certains peuvent y retourner, d’autre non. Le choc des mondes est très palpable : devoir animer sans faillir une classe d’étudiants qui viennent de pays en paix, où un attentat terroriste tous les dix ans est le max du stress, où ils ont à manger tous les jours, et dont le seul souci pendant leur année au Liban est de faire correctement leur devoirs ou savoir dans quel bar sortir après les cours … Pour ensuite repartir avec leur passeport doré où ils veulent quand ils veulent, parce qu’avec un passeport européen, tout est facile, les visas viennent à nous (pour un libanais ou un syrien, avoir un visa est une affaire très coûteuse qui peut durer des mois, sinon des années).

Donc en tant qu’étudiant nettement privilégié (et je l’étais, alors qu’en France je viens d’un milieu modeste et que je ne considère pas la vie comme facile), il faut toujours garder un certain recul à l’esprit, et faire un minimum d’effort, comme montrer son appréciation aux cours et aux efforts des profs. Le Liban, et le moyen-orient de façon générale, est une plongée entre des univers très différents qui se côtoient étrangement parfois … Un attentat par semaine était devenu une situation banale pendant plusieurs mois à Beyrouth, et les gens n’ont pas changé leur vie et leurs programmes pour autant : oui, vous partez dans un pays instable (c’est si vous choisissez Beyrouth, Amman étant beaucoup plus calme), et vous serez confrontés à des choses inhabituelles (des tanks dans toutes les rues par exemple), mais vous ne vous sentirez pas plus en danger qu’ailleurs. Personnellement, je me sentais bien plus en sécurité à Beyrouth qu’à Paris. Sortir seule le soir n’est pas un problème, visiter des endroits « dangereux » ne l’est bizarrement pas non plus (même si je ne peux pas vous le conseiller, ce serait contraire aux règlements officiels). Se faire arnaquer par le taxi oui peut-être … Ne vous laissez pas effrayer par les reportages et les journaux : si le stage est ouvert, c’est que tout le monde, jusqu’au ministère, a considéré que c’était OK, et les instructions de sécurité de base vous seront fournies. Donc allez faire un tour sur place, vous verrez bien … Ca vaut le coup.

Donc voilà mon bilan de cette immersion totale : pour le dialecte et la sensation « dépaysement total », il y a mieux que Beyrouth, mais pour le reste, c’est parfait. Si vous voulez vous sentir au coeur de l’Histoire et de l’actualité tout en apprenant la langue de vos rêves, vous ne trouverez pas mieux …

Et si vous avez des questions sur des aspects plus précis, n’hésitez pas !

PS : Désolée pour les publications et envois de brouillons d’articles il y a quelques temps, j’ai eu des petits soucis de manip’ …

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À propos de Luisa Noor

Graduate Student, Middle East fan ( yes, it does exist, and it's not even a sickness ), languages fan, traveller, future social anthropologist/ film-maker/ writer ... Etudiante, fan du moyen orient ( ben oui, ça existe aussi ), fan de langues, voyageuse, future anthropologue / réalisatrice / écrivain ...

Discussion

11 réflexions sur “When all is said and done … IFPO, tentative de bilan.

  1. Bonjour,

    J’aimerais partir faire un stage annuel intensif dans le monde arabe mais j’hésite beaucoup entre la formation du DEAC au Caire et celle de l’IFPO d’Amman. Cela fait deux ans que j’apprends l’arabe (4heures par semaine) et j’ai plutôt un bon niveau.
    Mon but pour cette année dans un pays arabe serait avant tout de me perfectionner en arabe. Je suis assez partagée dans le sens où d’après ce que j’ai pu lire sur votre blog, la formation de l’IFPO permet de progresser plus rapidement que celle du DEAC.
    Mais beaucoup d’amis me font peut en me disant que je vais me « faire chier » en Jordanie, que c’est très calme. Y a-t-il tout de même une effervescence culturelle, une vie étudiante (associations, conférences) ?

    Merci d’avance

    Publié par Khadidja | novembre 24, 2014, 00:02
    • Bonjour,

      Pour ce qui est du stage annuel intensif, il faut savoir tout d’abord quels sont vraiment vos objectifs : l’étude de l’arabe ou bien est-ce que la vie « étudiante » à côté vous paraît primordiale pour vous faire avancer dans la langue ? Est-ce que votre tempérament d’apprentissage, si on peut appeler ça comme ça, nécessite d’être en échange constant avec les gens (élèves, habitants, etc) ou est-ce que vous vous trouvez plus à l’aise à étudier seule ?

      Dans le premier cas, le DEAC est une meilleure option : vous risquez de vous ennuyer en cours (le niveau est très débutant), mais d’après toutes les personnes qui ont fait ce stage, leur principale activité était de plus ou moins séchez les cours et passer leur vie dans les cafés cairotes ! Donc c’est le stage à faire si vous voulez vous améliorez en dialecte (sachant que le dialecte égyptien est compris par tout le monde). Mais je n’ai eu que des retour moyens ou négatifs concernant la langue classique … (Sauf en ce qui concerne les grands débutants).

      Mais si vous voulez vous améliorez réellement en arabe classique, en plus du dialecte, je vous conseille l’IFPO : l’intensité et la qualité des cours feront que vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer, et même si Amman est nettement plus calme que le Caire, il y a tout de même de quoi faire pour ce qui est de la vie après les cours. La clé sera de rencontrer les bonnes personnes du monde étudiant/artistique, etc (je peux vous mettre en contact avec une amie qui travaille là bas, peut-être pourra-t-elle vous en dire plus) … Tout est plus « underground » qu’au Caire, mais comme tout pays arabe, la population est jeune, donc il a de l’activité. J’y ai passé 3 semaines récemment, et il y avait pas mal de choses (concerts, théâtres), d’autant plus qu’au vu de la situation géopolitique, la Jordanie étant l’un des rares pays stables du coin, la scène artistique en profite autant que le tourisme. En tous cas ce stage est à conseiller à qui veut vraiment obtenir des résultats en arabe classique, et dialectal, puisque le dialecte levantin est l’autre grand dialecte bien compris dans le monde arabe : ce n’est pas Paris ou Beyrouth, mais les gens sont gentils et accessibles …

      Un compromis, si vous avez peur de vous ennuyer à Amman, est de postuler à l’IFPO à Beyrouth : même intensité des cours, vie culturelle très dense, gens gentils … Par contre pour le dialecte il faudra fournir des efforts particuliers pour l’améliorer (aller dans les zones pauvres de Beyrouth ou ailleurs dans le pays et insister, beaucoup, pour que les gens vous parlent en arabe … Car une part de leur gentillesse est de vous parler dans votre langue, anglais ou français, autant que possible !).

      Mais il est vrai que la Jordanie est quitte ou double : comme pays touristique, tout le monde aime, mais pour y vivre, c’est l’un ou l’autre … J’ai adoré, mais je sais que beaucoup n’ont pas beaucoup aimé. Il faut prendre le temps de découvrir et apprécier. Cela dépend peut-être des tempéraments ? Les extravertis s’ennuieront, certainement. Mais si j’ai eu une vie très intéressante et très remplie à Beyrouth, je n’y ai gardé que quelques amis du milieu expat’, alors qu’en Jordanie, même si j’étais loin de sortir tous les soirs au café, j’ai gardé d’aussi rares mais très fortes amitiés avec des jordaniens (ou palestiniens).
      Le choix est dur, donc il faut vraiment voir ce qui vous motive en premier, et votre façon d’apprendre …

      Je ne sais pas si j’ai pu vous aider beaucoup, mais si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas !

      Publié par Luisa Noor | novembre 24, 2014, 13:11
  2. Bonjour,

    Ton article est vraiment super intéressant et super utile, merci! Ca doit faire des mois que je cherche des infos sur ce fameux stage.. Ton article est une bénédiction haha. Etant étudiante en L2 à l’INALCO, j’aimerai tenter le stage annuel de l’IFPO à ‘Amman…J’aurai quand même pas mal de questions à te poser afin de pouvoir remplir mon dossier.. Est ce qu’il serait possible de te joindre pour te poser quelques questions… ?

    Publié par Maggie | décembre 28, 2014, 10:46
    • Bonjour,

      Je suis très contente que mon article soit utile ! Effectivement il y a très peu d’informations sur ce stage pourtant si connu … On peut même se rencontrer si tu veux, je suis à l’Inalco pendant le mois de janvier (je t’envoie mes coordonnées par mail).

      Publié par Luisa Noor | décembre 28, 2014, 11:09
  3. coucou
    merci beaucoup pour ton blog il m’est très utile je voudrais te poser quelques questions personnellement
    est-ce-que c’est possible d’avoir ton mail ? 🙂
    merci 🙂

    Publié par Célia | janvier 27, 2015, 19:17
    • Pas de problème.

      Publié par Luisa Noor | janvier 28, 2015, 18:12
    • Je t’ai envoyé un mail mais n’ayant pas de réponse de ta part, je pense que c’est parti dans les spams … Bonne soirée !

      Publié par Luisa Noor | février 1, 2015, 20:11
      • Bonjour! J’ai aussi trouvé ton blog très utile et j’aimerais vous poser des questions sur le program personnellement si c’est possible. Merci!

        Publié par Eliza Davis | février 24, 2016, 03:03
      • Pas de problème, je t’envoies un email perso …

        Publié par Luisa Noor | février 25, 2016, 15:49
      • Je viens t’embêter à mon tour, j’aurai quelques questions (rapides c’est promis) à te poser, car je candidate cette année à la bourse arabisante à l’IFPO Beyrouth. J’aurai aimé qu’on puisse en discuter par mail !

        Merci encore pour ces précieuses informations, comme l’ont dit mes prédécesseurs, ca fait plaisir de trouver ENFIN un témoignage personnel sur cette fameuse bourse arabisante. Merci !

        Publié par Ziba | avril 21, 2016, 23:56
      • Pas de problème, je t’envoie un mail !

        Publié par Luisa Noor | avril 23, 2016, 14:37

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