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De l’inégalité des ressources linguistiques …

Sujet qui devient évident si l’on compare l’apprentissage de l’anglais, de l’arabe et du pashto, pour prendre les exemples qui me sont familiers.

Quand l’on se met à apprendre une langue, la clé est bien sûr la motivation. Motivation qui mène à la deuxième clé : trouver un petit peu de temps chaque jour pour s’y consacrer (et comme cela est un plaisir, parce que motivation etc, on trouve forcément du temps, même si c’est dans le bus/tram/métro en allant au boulot). Tout cela est bien beau, mais faut-il encore avoir de bonnes ressources.

C’est en apprenant diverses langues que l’on se rend compte que cela peut jouer un rôle plus grand que ce que l’on supposerait ou voudrait admettre : la diversité et la disponibilité des ressources linguistiques (cela va de la méthode de grammaire classique au film étranger sous-titré passant au cinéma du coin).

Pour l’anglais, il faudrait presque vouloir consciemment ne pas vouloir l’apprendre pour éviter de l’absorber malgré soi : les films et les séries, que l’on regarde presque automatiquement en V.O. sous-titrés, les anglicismes permanents, les références culturelles anglo-saxonnes … Les ressources d’apprentissages et les motivations viennent tout seuls, même pour ceux qui n’en voudraient pas !

A l’inverse, il y a des langues comme le pashto … Pourtant parlé par un grand nombre de personnes (pas loin de 40 ou 50 millions selon les statistiques) dans plusieurs pays (Afghanistan, Pakistan, et tous les lieux d’émigrations économiques comme les pays du Golfe, l’Iran, l’Europe etc), il est très dur de trouver des sources. Pour l’apprendre dans un cadre formel, il n’y a en Europe guère que l’Inalco, à Paris. Pour trouver des sources sur internet, il y a bien sûr le site de la BBC en pashto. Pour l’écrire, une petite application fort pratique, « liwal pashto », à installer sur tablettes et smartphones. Pour les dictionnaires, l’excellent qamosona. Mais pour cela, il a fallu que je m’intéresse d’abord volontairement à des pays pas très connus, découverts en cours à l’université, à des peuples qui le sont encore moins, et à leurs langues. Lorsque j’allume la télé, j’ai toutes les séries américaines que je veux pour apprendre l’anglais, mais du pashto, je n’en verrai rien, sinon un reportage grandiloquent sur les burkas, et encore. Le reportage sera en français, on en verra que des femmes en bleu, et le spectateur n’apprendra certainement pas la différence entre un pashtoune, un hazara et un tadjik.

Il faut donc, dans presque toutes les langues autre que l’anglais, un minimum de curiosité pour rassembler par soi-même des ressources qui nous plaisent. Mais heureusement qu’internet existe, la vie en est fortement facilitée, même pour les « petites » langues …

Et en ce qui concerne internet, pour qui veut apprendre l’arabe, on a de moins en moins d’excuses au niveau des ressources. Ne serait-ce qu’en comparant ma situation, il y a 6 ans, lorsque j’ai commencé d’apprendre cette langue, et aujourd’hui, la différence me paraît énorme : d’une part beaucoup plus de méthodes dans les rayons des librairies, de dictionnaires, voire parfois des livres bilingues … Mais et surtout, internet : lorsque j’ai commencé, j’avais tout juste une bonne connexion, j’étais loin de la pléthore de chaînes en streaming gratuites que je peux trouver aujourd’hui, représentant à peu près n’importe lequel des 22 pays arabes officiels (d’ailleurs ce post en espagnol a une bonne liste de sources, en plus des classiques MTV et MBC). Ou de vidéos sur youtube dans tous les dialectes imaginables, ou en classique, et avec ou sans sous-titre …

Il y a 6 ans je n’avais guère que quelques textes tirés d’un journal trouvé par hasard dans un kiosque, ma méthode Assimil, et l’investissement du siècle, le dictionnaire Larousse. Puis certains livres en arabe sont apparus sur Amazon (de la maison d’édition « Bloomsbury Qatar foundation », il suffit de taper ces mots dans le site pour avoir la liste complète de leurs livres disponibles), puis j’ai déménagé à Paris, où plusieurs librairies disposent de livres et de romans de toutes sortes … Et il y a également le « Neel wa Furat« , la réponse arabe à Amazon, qui semble bien fonctionner, même si les tarifs d’expédition restent chers.

Et puis j’ai découvert par hasard ce qui aurait fait mon bonheur intégral il y a quelques années : le site d’Al Jazeera dédié à l’apprentissage de l’arabe, que voilà.

Je ne l’ai pas entièrement passé en revue, mais il me semble assez complet : vidéos, textes courts, exercices divers, une sorte de « google traduction » intégré en bas à gauche de la page … Et je vois qu’ils mettent les voyelles à tout les mots, ce qui est une très bonne idée dans un premier temps pour celui qui débute dans la langue (mais dont il faudra apprendre à se passer ensuite). Si parmi vous, chers lecteurs et lectrices, certain(e)s l’ont essayé, n’hésitez pas à faire part de votre expérience en commentaire !

Petite digression en partant des voyelles, et le problème de leur notation lorsqu’on apprend la langue : lorsque j’ai commencé à apprendre la langue, je n’avais guère qu’une seule ressource pour un texte entièrement voyellisé. Je lisais donc deux pages du Coran tous les jours, puisque c’était le seul texte complètement voyellisé à ma disposition (et dont on peut se procurer plus que facilement une récitation orale), et le fait de lire des mots avec toutes leurs voyelles tous les jours m’aidait à acquérir ce système de voyelles de façon intuitive, et ensuite d’arriver à deviner les voyelles correctes lorsque j’étais confrontée à un texte sans voyelle (haha, que de « voyelles » dans une seule phrase !). A noter que pour ceux qui préféreraient lire la Bible, elle existe aussi en arabe avec toutes les voyelles. Ceci dit, quelque soit vos convictions personnelles, le Coran reste à mon sens une des meilleures, sinon la meilleure, base linguistique pour comprendre le « feeling » de la langue arabe et son rythme.

Donc pour ceux qui ne sont pas spécialement à fond dans la religion, il y a maintenant ce site d’Al Jazeera : pleine de textes avec des voyelles ! Bon certes, ils ont quelques thèmes orientés sur la religion, mais cela est prévisible, apprendre l’arabe sans tomber sur des thèmes islamiques serait comme étudier l’hindi sans que l’on nous parle du panthéon des dieux hindous ou de Bollywood : ce n’est guère possible et finalement pas forcément très intéressant … Ce qui nous amène à un autre point de l’apprentissage d’une langue et la digression du jour : la culture ou les cultures qui vont avec.

J’ai parfois rencontré des gens qui apprenaient l’arabe et avaient une réaction allergique à toute mention d’une religion ou d’une autre. Je n’ai aucun souci avec le fait d’aimer ceci et pas cela, chacun ses croyances, mais l’apprentissage a dû les faire souffrir … Ce serait comme apprendre l’hébreu et ne surtout pas vouloir entendre parler de la Bible. On peut très bien faire sans, oui, mais on se complique la vie inutilement, puisque des références y seront faites très souvent … Il vaudrait mieux essayer de tolérer, si on ne peut aimer, les différents éléments des cultures qui vont avec les langues que l’ont apprend. On est pas obligés d’être fan de Shakespeare, mais c’est un peu à l’anglais ce que le Coran est à l’arabe : une base linguistique certaine, et un point marquant dans l’histoire de la pensée et de la culture liée à la langue. Il y a évidemment des tas d’autres choses, mais c’est bien de connaître les bases, de les rendre familières. Si vous apprenez le russe, il faudra bien vous intéressez un minimum à l’histoire de l’URSS, même si vous ne jurez que par Ronald Reagan … (Quant au musulman pratiquant, bienheureux soit-il, puisqu’il détient là une motivation en or !)

Bref, apprendre une langue, c’est aussi découvrir une culture et son histoire. Cela implique des idées, des religions, des idéologies, des peuples, des figures historiques, des légendes … Et c’est là que tout devient chouette : se confronter à l’inconnu, pour qu’il devienne connu, voir familier, dans toute sa splendeur et sa profondeur. C’est la plus grande motivation possible dans l’apprentissage d’une langue. Par exemple, pour le processus de familiarisation, je viens d’une région monolingue où la choucroute et le mont d’or au vin jaune sont bien plus présents que la kabsa ou le pain trempé dans l’huile d’olive et le thym. Et tout comme mon apprentissage de l’arabe a fait entrer la kabsa et le pain-huile-thym dans ma liste de nourritures de base, j’apprécie autant visiter une belle église que d’entendre 5 fois par jour l’appel à la prière (l’idéal étant Jérusalem ou Beyrouth puisqu’on peut y avoir les deux en même temps !), et ce dernier m’est devenu aussi familier que le premier.

Et tout comme je suis à peu près sûre que les russophones et connaisseurs des langues slaves auront certainement un point de vue plus profond et informé sur ce qui se passe en Ukraine que nous autres simples francophones, les arabophones acquièrent avec la langue les dimensions humaines et complexes des cultures concernées que même les meilleurs travaux académiques ne sauraient transmettre, et comprendront de façon plus intelligente les problèmes du moment dont les médias raffolent (et déforment à l’occasion). Et cela vaut pour le pashto, et n’importe quelle langue.

Ou plutôt devrais-je dire, si l’on peut avoir accès à de bons travaux théoriques, l’expérience ne vient guère qu’en s’appropriant la langue étrangère et tout ce qui vient avec. C’est d’ailleurs le gros défaut de bien des « experts » en Moyen-Orient/Islam/Géopolitique, etc … qui se succèdent sur les plateaux de télé et autres : ils peuvent avoir (au mieux!) une bonne connaissance théorique des sujets abordés, mais tomberont beaucoup trop souvent dans des interprétations trop limitées ou qui ne font aucun sens pour qui a la capacité d’aller de « l’autre côté du miroir » grâce à la langue et de comprendre un autre système de fonctionnement, pour qui a la capacité de flâner dans l’autre culture (si tant est que les cultures soient clairement séparées). Cela peut paraître évident, mais j’ai ainsi pu entendre certains journalistes étrangers à Beyrouth assurer de leur expertise sur une région représentant des centaines de millions de personnes, des dizaines de religions et une ribambelle de siècles d’Histoire … Sans pouvoir dire autre chose que « Bonjour/Merci/Au revoir » dans la ou les langue(s) concernée(s) ! Et à qui répliquerait que l’on peut être bon expert sans parler la langue, je réponds : aurait-on idée d’interviewer un expert des Etats-Unis qui ne sache pas correctement l’anglais, ou du moins en percevoir toutes les nuances pour les expliquer à son public ? (Si c’est le cas, alors mea culpa, la situation est encore pire que ce que je croyais !).

Bref, c’était la digression du jour, bonjour ! Mais l’info principale était qu’avec internet, on a de moins en moins d’excuses pour trouver des ressources diverses et variées, selon les goûts de chacun … Je devrais peut-être créer une page dédiée à toutes les ressources que l’on peut trouver, pour l’arabe mais aussi d’autres langues, qu’en pensez-vous ?

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À propos de Luisa Noor

Graduate Student, Middle East fan ( yes, it does exist, and it's not even a sickness ), languages fan, traveller, future social anthropologist/ film-maker/ writer ... Etudiante, fan du moyen orient ( ben oui, ça existe aussi ), fan de langues, voyageuse, future anthropologue / réalisatrice / écrivain ...

Discussion

9 réflexions sur “De l’inégalité des ressources linguistiques …

  1. Salam alayki, j’espère que tu vas bien ainsi que tes proches,

    Depuis le temps que j’attendais que tu fasses un article sur les ressources pour l’arabe littéraire je ne peux que répondre oui à ta question finale. Et j’ai une question qui me trotte dans la tête depuis un moment, au bout de combien de mois, années as tu réussi saisir la majorité de ce qu’il se disait à la télé, aux infos etc? Car j’étudie depuis un moment avec des hauts et des bas en ce qui concerne la motivation, et j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais… Ils parlent trop vite, mon cerveau cherche toujours à traduire du coup je perds le fil dès le début.

    En tout cas chapeau bas pour ton parcours.

    Publié par karim | février 25, 2015, 23:30
    • wa alaykum al-salam !

      Merci pour ton message. Il m’encourage à me mettre effectivement à rassembler les sources que je connais sur une seule page, si cela peut être utile à quelqu’un, c’est cool !
      Pour la motivation qui va et qui vient, c’est normal. Il faut dans les cas là essayer de changer de méthode, ou de trouver une nouvelle source d’inspiration, ou même se reposer un peu … En tous cas, vu que le but nous paraît toujours lointain, il faut tout faire pour que le chemin soit motivant en lui même. Si on t’as conseillé de faire ceci ou cela parce que « c’est ce qu’il y a de mieux », mais que cela ne te plaît pas, arrête tout de suite ! Pendant ma licence, les profs voulaient qu’on lise des classiques, mais qui ne me motivaient à l’époque pas du tout … Et j’étais en voyage lorsque je suis tombée sur la version arabe d’Harry Potter, ce qui sur le coup me motivait vraiment, j’ai lu le livre en entier en utilisant que très peu le dictionnaire (je connaissais déjà l’histoire), et cela m’a fait faire des progrès énormes, alors que personne au monde ne m’aurait conseillé d’apprendre l’arabe de cette façon … Choisis quelque chose qui te motive à la base en français, et si cela existe en arabe, fais-le (livre, film, jeu vidéo … Je connais quelqu’un qui apprend le japonais grâce aux jeu vidéo !).

      Quant au but, la compréhension sans effort et quasi-totale, cela m’est venu au bout de 3-4 ans (sachant que je suis très très lente pour retenir). Mais dès la deuxième année d’étude, je commençais à comprendre suffisamment pour que je continue les efforts. Et je comprends le réflexe que l’on a de vouloir tout traduire, mais justement, il faut apprendre à le désactiver, et juste regarder les infos, en oubliant que l’on connaît le français … Apprendre la langue via les situations que l’on voit, et non pas « à base de français ».
      Je me demande si par exemple lorsqu’on regarde un mot dans le dictionnaire, il ne faudrait pas l’apprendre en imaginant la situation qui lui correspond et non pas le mot français (qui rajoute une étape inutile dans le cerveau : « concept-mot français-mot arabe », alors que l’on peut faire directement « concept-mot arabe »).

      En tous cas accroche-toi, et fais en sorte que le plaisir, dans l’apprentissage, passe en premier. Et si tu as l’occasion de voyager dans le monde arabe, cela peut ajouter une motivation !

      Bonne journée, tiens moi au courant des évolutions, et bon courage pour la suite !

      Publié par Luisa Noor | février 28, 2015, 12:10
  2. Bonjour, merci pour ton article ! Tout à fait d’accord avec toi sur l’importance de la langue pour comprendre une région… je viens de découvrir grâce à ton article le site d’Al Jazeera pour l’apprentissage de l’arabe et je suis impressionnée par son contenu ! Je serais très intéressée par un article dédiée aux différentes ressources pour l’arabe, et aussi pour les dialectes si tu en connais. Bonne après midi !

    Publié par cairoinshallah | février 27, 2015, 13:44
    • Merci pour ton message encourageant … Qui m’encourage effectivement à organiser une page pleine de liens et de ressources ! Affaire à suivre, donc.
      Et je suis contente de voir que le site d’Al Jazeera t’intéresses … Si au bout de quelques temps d’utilisation tu as des remarques ou des commentaires à faire dessus, n’hésite pas à rajouter un commentaire.
      Bonne journée !

      Publié par Luisa Noor | février 28, 2015, 12:17
    • PS : J’aime beaucoup ton blog ! J’espère que tu auras l’occasion de repartir et de le reprendre …

      Publié par Luisa Noor | février 28, 2015, 12:20
  3. Oh je suis si contente de voir un nouvel article sur ton blog ! C’est en découvrant qu’une autre Française comme moi avait pu, toute seule, véritablement apprendre l’arabe, que cela m’a remotivée il y a trois semaines à faire un nouvel essai !
    J’ai moi aussi (achetée il y a 15 ans…) la méthode Assimil en 2 tomes. Je viens de rajouter il y a quelques jours la méthode intégrale Harraps, parce que j’aime bien aussi qu’on m’explique les règles de A à Z dans l’ordre, donc j’alterne les 2.
    Bon, j’en suis seulement à la leçon 3 Assimil et chapitre 1 Harraps, mais c’est que j’ai passé beaucoup de temps sur la prononciation (qaf et ayn, ça va à peu près, c’est tous ces H mon problème !). J’avance doucement sur les leçons mais je crois que c’est mieux.
    Ton blog est si motivant pour moi, j’espère que tu vas le continuer ! J’ai vraiment hâte de lire ton avis sur les ressources d’apprentissage.

    Publié par Cécile | mars 9, 2015, 08:23
    • Et moi je suis très très contente de voir que mes gribouillis peuvent motiver les autres !

      Il est vrai que la réputation de l’arabe comme langue « difficile », comme le chinois et d’autres, a tendance à vite décourager les gens, et pourtant … Je suis profondément convaincue que dans l’absolu, une langue n’est pas plus dure qu’une autre. Elle le devient si le système de notre langue maternelle est éloignée de la langue étrangère (langue latine – langue à idéogramme), et surtout si on n’est pas très motivé (rien de pire que de se forcer dans ces cas là).
      Ce qui me rend un peu triste est qu’en France, l’apprentissage des langues soit-disant « rares » soit vu comme « ethnique », comme si il n’y avait aucune raison ni capacité d’apprendre le turc si tu n’es pas d’origine turque (idem pour l’arabe et d’autres).
      Donc oui, tu peux, comme moi, apprendre l’arabe sans problème ! (Et avec un bon dictionnaire et de la motivation …)
      Il y a un tel un univers à découvrir … Ce serait dommage de s’en passer.

      Je ne sais pas comment est la méthode Assimil d’il y a 15 ans, mais j’espère que ce n’est pas celle où l’écriture arabe est encore écrite à la main. Je n’ai rien contre le principe, mais pour débuter, les caractères d’imprimerie sont plus pratiques. Au pire, si tu as aussi la méthode Harraps, ce n’est pas très grave.

      Avoir commencé les deux méthodes en même temps est très bien, et surtout ne compte pas le nombre de pages, s’il faut passer 3 jours sur une seule, pas de problème, acquérir de bonnes bases est essentiel (ça ira d’autant plus vite après). J’ai une amie qui a fait des études d’arabe jusqu’en master 2, mais en ayant jamais eu de cours corrects sur les bases de la langue, ce qui fait que cela a été de plus en plus dur pour elle, alors même qu’elle pouvait lire un texte complet. Elle butait sur des petits détails qui la préoccupait alors que je n’y aurais même pas pensé, et donc elle se sentait instable, pas très confiante dans ce qu’elle comprenait du texte alors qu’elle le comprenait bien.

      Je suis toujours pour le fait d’utiliser plusieurs méthodes à la fois, histoire d’avoir différents points de vue, que l’on peut parfois recouper, et qui aide à avoir une meilleure perspective et une meilleure idée des éléments nouveaux …
      J’avais en fait démarré au début seulement avec l’Assimil pour la simple raison que j’étais loin de m’imaginer que j’allais me spécialiser dans cette langue, et que j’étais partie dans l’idée d’un simple hobby. Cela m’a donc surtout aidé à dédramatiser l’apprentissage de la langue : oui je pouvais continuer d’apprendre les leçons même si certaines règles m’échappaient, oui j’avais le droit d’apprendre des nouveaux mots sans nécessairement connaître les règles de grammaire sur le bout des doigts … Ce qui restait confus viendrait s’éclaircir en temps et en heure.
      Et apprendre une telle langue me paraîssait si impossible, j’avais démarré sans trop rien attendre des résultats.
      Donc une fois l’Assimil terminé, je n’ai plus eu du tout peur des livres de grammaire : je savais lire et écrire, donc découvrir les règles telles quelles avec leur exemples me paraissait moins stressant et « massif ».

      Mais si tu peux faire directement les deux en même temps, j’avoue, avec le recul, que c’est encore mieux. Mais si cela devient trop dur, pas d’affolement, il faut garder le plaisir, quitte à mettre de côté l’une ou l’autre méthode … Ou à en rajouter d’autres !

      Pour la prononciation, c’est vrai que ce n’est pas évident. Mais là non plus, pas d’affolement. Si tu arrives à avoir Al Jazeera (ou France 24, je ne fais de pub pour personne en particulier !) sur la télé ou en streaming, ça peut aider à entendre les sons de façon répétitive, à les distinguer peu à peu … Et à notre cerveau de tenter de trouver des moyens de les reproduire. Mais j’imagine qu’il y a sur youtube des tas de didacticiels pour la prononciation des lettres (tiens, piste à suivre pour ma liste de ressources !).

      Je pense que tu as déjà vu pleins de descriptions, mais pour ces fameux H, voilà ma version :
      – le ها doux, c’est comme le H aspiré de l’anglais (comme dans « house »), de l’air qui passe en se faisant entendre mais sans plus.
      – le حا dur, c’est comme les chats quand ils « crachent » pour faire peur : les parois du fond de la gorge ne se touchent pas, mais presque, ils sont tendus de façon à ce que le passage de l’air se fasse difficilement si bien le son du frottement de l’air soit plus fort. D’autres disent que c’est comme le « ch » allemand dans « ich liebe dich ».
      – le خا lui c’est carrément la jota espagnole : les parois du fond se frottent l’une contre l’autre. (Et c’est presque la même chose que notre « r » après une consonne comme dans « près »).
      En tous cas bravo pour le qaf et le ‘ayn, c’est souvent là dessus que buttent les arabisants, et parfois pendant des années … !

      Bon courage pour la suite, et tiens moi au courant de tes progrès et difficultés …
      De mon côté je vais continuer à chercher les ressources et en faire une liste à part, avec mon avis dessus.

      Publié par Luisa Noor | mars 11, 2015, 15:21
      • Merci pour ta réponse passionnante et instructive, merci d’avoir pris le temps de l’écrire !

        Et bien si, c’est le vieil Assimil avec leur h et j en triangles… Heureusement, j’ai le clavier arabe en ligne Lexilogos que j’aime beaucoup, surtout parce qu’on voit les lettres se transformer selon leur place dans le mot au fur et à mesure qu’on écrit (effectivement, rien à voir !). Par contre, les K7 (et oui, c’était il y a 15 ans !) sont très bien je trouve.

        Mes autres ressources, probablement grâce à toi (soit directement, soit par le biais d’un autre blog/site que tu as conseillé), c’est Anki (pour apprendre les mots ou les phrases), et là, je viens de commencer à regarder le dessin animé Princesse Sarah en arabe (c’est vrai que c’est plus facile quand on aime !).
        J’avoue que les infos, c’est pas trop trop mon truc.

        Pour les sons H, j’ai pourtant la chance d’avoir un locuteur natif à portée de main depuis des années, mais bon, il n’est pas super motivé pour répéter encore et encore, donc tes conseils m’aident bien. Ce qui m’a vraiment aidé aussi, ce sont tous les conseils qui précisaient vraiment comment on faisait le son, avec du vocabulaire spécifique genre sciences du langage (souvent sur les sites anglophones, d’ailleurs). Mais il reste du chemin… C’est en partie la prononciation qui m’avait fait abandonner il y a 15 ans, car à quoi servait d’apprendre une langue que je ne savais pas prononcer ?
        Je ne peux pas imaginer comment tu as a pu apprendre la prononciation toute seule !

        Moi, le qaf, ça faisait quand même 15 ans que j’essayais de comprendre comment on le faisait, hein !! Et le ayn, je ne le réussis pas toujours, surtout s’il est à la fin du mot. J’ai aussi réussi à faire un peu le r roulé, donc je suis quand même contente de mes progrès. Rhayn, tu trouves que c’est comme un r français sur lequel on insiste un peu, ou pas ?

        Mais sinon, oui, comme je ne suis plus toute jeune (36 ans), savoir où je vais m’aide beaucoup, donc je suis en train de lire le Harraps en entier (sans retenir les détails, bien sûr), juste pour comprendre très grossièrement comment fonctionne la langue. Et là, c’est ma connaissance du latin qui m’aide, comme quoi…
        Effectivement, ton conseil de combiner les méthodes (dans un autre article) marche très bien pour moi, merci beaucoup !

        Je vais faire les librairies ce vendredi, donc si tu as un titre incontournable qui te vient à l’esprit, n’hésite pas !
        Et pour la liste complète, alors là, j’ai vraiment hâte !

        Sur youtube, j’ai aussi trouvé une chaîne que je trouve très bien faite (comme je comprends quand même bien l’anglais, je suis en train de creuser cette piste pour trouver encore plus d’aide pour l’apprentissage de l’arabe) : https://www.youtube.com/watch?v=N3P-tfUafnQ

        Par contre, c’est dommage, mais c’est vrai que l’arabe n’est pas forcément une langue qu’on se vante d’apprendre, et comme toi, je me dis, et pourquoi donc ? Chaque langue a ses richesses et vaut la peine d’être étudiée. J’avoue qu’une autre de mes motivations est que mes trois enfants aient eux aussi envie d’apprendre la langue de leur père, et effectivement, depuis que j’ai commencé mon apprentissage de l’arabe, ils sont très intéressés !

        Ton blog est précieux pour moi, outre ses très bons conseils, il me permet de rester motivée, me dire que c’est possible… Et j’ai effectivement déjà progressé en 3 semaines. Un très très grand merci, et bonne chance pour la poursuite de tes études. 🙂

        Publié par Cécile | mars 11, 2015, 16:04
      • Que cela fait plaisir de te lire !

        Même si j’ai atteint un certain niveau, voir et entendre d’autres motivé(e)s de cette langue fait toujours plaisir. Effectivement on ne se vante guère d’apprendre cette langue, alors qu’on en se poserait pas la question s’il s’agissait du chinois ou de l’espagnol, on saoûlerait les gens avec chaque nouveau mot !
        A mon avis il y a le contexte géopolitique qui vient brouiller les choses (ce qui est bien dommage, puisqu’en terme d’horreurs les autres pays et les autres continents sont tout aussi bien servis que le moyen-orient).

        Je me rappelle notamment d’une fille, d’origine iranienne, qui me disait qu’elle ne voulait pas lire de livre en persan dans le métro de peur que les gens ne prennent ça pour de l’arabe. Cette remarque m’avait choqué pour deux raisons : pourquoi ne pas prendre cette occasion, si quelqu’un pose une question, de leur expliquer la différence entre le persan et l’arabe ? Et pourquoi avoir peur « que cela soit pris pour de l’arabe » ? Je lui ai répondu que précisément, il serait temps d’agir normalement avec cette langue : si je veux lire un livre en anglais dans le métro, je le fais, s’il est en arabe, pareil. Un roman est un roman, quelque soit la langue. Ce sont des langues, qui véhiculent des univers, qui traduisent des vies diverses, une histoire … La façon qu’a eu cette fille, très intelligente au demeurant, de sacrifier toute une langue et ses 14 siècles d’histoire à une ambiance de peur manipulée par certains à leur avantage … Cela m’a bien attristé.

        Parlant de livres, je n’ai aucun titre en tête parce que j’en ai trop … Mais au stade débutant, je sais que beaucoup de gens apprécient les livres pour enfants (comme le Petit prince), ou les BD (je crois que quelques Astérix ont été traduits en arabe).
        J’avais trouvé aussi des livres bilingues dans la collection « poche », de nouvelles du maghreb et d’ailleurs, des historiettes policières de l’époque abbasside. J’avançais au début très lentement, mais avec la traduction en français en face, je pouvais prendre le temps de découvrir des mots « en contexte ».

        J’ai bien ri en lisant que tu avais un natif sous la main mais qu’il n’a pas la patience de t’apprendre … C’est décidément partout pareil. Mon père, né italien, n’a jamais fait l’effort de nous en apprendre un seul mot (à part « basta ! »), malgré nos demandes incessantes. J’ai dû … Acheter l’Assmil d’italien pour comprendre mes cousins toscans ! Mais que tes enfants s’intéressent à cette langue sera certainement une motivation supplémentaire, une activité à partager …
        Il faudrait que j’approfondisse cette piste là aussi, je sais que beaucoup de dessins animés sont traduits en classique, et une de mes amies passait des heures devant à la télé, et ça l’a bien aidé ! (Mais les Disney sont généralement en dialecte égyptien).

        Merci pour la chaîne youtube. Effectivement je la connaissais, et je l’avais trouvé pas mal du tout. Je la rajouterai à la liste …

        Pour le rhayn, je dirais que c’est comme un « r » français mais plus doux, plus « roulant », moins serré. C’est comme essayer de rouler un « r » mais au fond de la gorge. (Effectivement heureusement que la linguistique existe pour expliquer ça clairement ! Je comprends que cela t’aide pas mal).
        Mais franchement, pas d’affolement, même si ça fait 15 ans que tu essaies de faire certaines lettres, c’est seulement maintenant que tu étudies la langue sérieusement, donc c’est un peu comme si tu n’essayais que depuis quelques semaines. Il ne faut surtout pas se prendre la tête là dessus … Un jour les sons vont sortir tout seuls sans que tu comprennes pourquoi ils viennent si facilement. Et l’écoute répétée de vidéos et podcasts aidera énormément. Le fait d’écouter attentivement est très utile, bien qu’on ait l’impression de rien faire.
        En tous cas je t’envie la connaissance du latin, je vois maintenant en quoi cela aurait pu m’aider aussi.
        En tous cas si tu as les K7 avec la méthode Assimil, c’est parfait. Les Anki, j’ai dû certainement en parler, mais je ne les ai jamais utilisées à vrai dire, j’ai découvert cela un peu tard. Mais je n’en entend que du bien.
        A la limite, si l’envie te prends un jour, tu pourras faire un « guest-post » sur le site, sur ces techniques que je n’ai jamais essayé mais qui seraient certainement profitables à d’autres ?

        En tous cas bonne continuation, et au plaisir de te lire !
        Merci à toi et bonne journée,

        Publié par Luisa Noor | mars 13, 2015, 12:37

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