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Etudes / Studies / دراسات, Livres / Books / كتب

Effets papillonants

Il y a quelques années, un de mes profs, à Lyon 2, nous donnait des cours d’arabe moderne et de traduction à l’aide d’articles de journaux. Cela m’avait poussé à acheter de temps en temps des journaux, et à essayer de les déchiffrer. Je ne me rappelle plus si c’était l’article d’un cours, ou si je l’avais trouvé par hasard dans un journal : il y avait un article de critique d’un livre qui était paru il y a quelques années. Après lecture poussive de l’article avec grand recours au dictionnaire, le sujet m’avait suffisamment intéressé pour que je me résolve à trouver ce livre, un jour.

Il a fallu attendre quelques mois avant de pouvoir aller à Paris, où je l’ai trouvé. Il s’agit de « يوم الدين » de Rashaa El Ameer (éd. Dar al Jadeed), et le niveau de langue était tellement élevé que je n’ai pas pu immédiatement le lire. Je me contentais de regarder sa belle couverture et sentir les pages, de lire quelques mots sans rien comprendre. J’ai donc encore attendu d’avoir l’argent, le temps, et l’occasion de trouver la traduction française (« Le jour dernier », traduit par Youssef Seddik, chez Actes Sud). Et puis attendu encore un peu avant de m’y mettre … Attendu d’avoir du temps. Puis pendant quelques semaines j’ai eu 2-3h de bus par jour pour aller au travail, c’était donc le moment propice.

Et ce fut à la hauteur de mes attentes, tant au niveau de l’histoire que du style. C’est le genre de livre qu’on lit plusieurs fois sans s’ennuyer, et dans lequel je me suis fortement identifiée au narrateur … Et au moment de trouver un sujet de mémoire de master de littérature moderne, dans la précipitation, c’est ce livre qui m’est venu à l’esprit. Ecrire un mémoire, d’ailleurs, c’est comme étudier une langue : il vaut mieux prendre un sujet qui vous intéresse un minimum, sinon il sera dur et douloureux d’arriver au bout … (C’est ce que j’ai appris sur le tas, avec changement de sujet en cours, et redoublement d’année !).

Une fois le master obtenu, je suis donc passée à une période incertaine (sur le plan professionnel) comme beaucoup d’étudiants fraîchement diplômes, puis j’ai vu passer un appel à contribution sur un magazine en ligne américain dévoué au moyen-orient, à en donner une image un peu plus nuancée et informée que d’habitude (par les temps qui courent, ils ont du travail !). J’avais du temps libre et j’ai donc décidé de leur proposer un article sur le livre … Article qui a été accepté (et « fortement » édité), et publié au bout de … 5 mois.

J’avais écrit cela comme forme d’exercice et ne pensait pas qu’il serait lu, tout au plus par quelques personnes qui tombaient par hasard dessus … En tous cas loin de moi l’idée qu’il serait lu non seulement par le traducteur anglais du livre, mais également l’auteur, Rasha El Ameer ! Moi qui avait repoussé pendant des années l’idée de lui envoyer un email pour lui exprimer mon appréciation, j’ai été court-circuitée à mon insu par un article en anglais écrit un peu par hasard.

Et puis arrive donc le doctorat au Liban. Je discute avec l’un de mes profs, qui me demande de résumer mon parcours, et je lui parle de mon mémoire et donc de ce livre. Et il me dit « Vous avez déjà rencontré l’auteur ? Non ? Alors venez vendredi prochain, elle sera là, à l’université, pour une soirée poétique ». Ma timidité aurait eu raison de moi, une fois de plus, si le prof en question ne m’avait pas envoyé un email un peu plus tard en me disant « Rasha veut vous rencontrer ! » (à cause de, ou plutôt grâce à, l’article). Je n’avais donc plus aucune excuse.

Cela doit être la première fois que je rencontre l’auteur d’un roman que j’ai lu, et la sensation est très curieuse. Le livre cesse d’être quelque chose d’abstrait, cette clé de papier pour accéder à un autre univers. Il y a cette personne en face de vous, en chair et en os, qui a fabriqué cette clé, et qui pourrait très bien la modifier, ou finalement, qui pourrait tout gâcher dans votre esprit de lecteur si sa personnalité se révèle être un tant soit peu moins intéressante que son oeuvre. C’est peut-être pour cela que j’avais tant hésité à la contacter, pendant toutes ces années : je voulais garder l’idée du roman pour moi, ne pas la gâcher avec une réalité potentiellement décevante … Mais heureusement, dans mon cas, il n’en fut rien : j’ai eu la chance de rencontrer une femme très intéressante et gentille … Et cette rencontre est probablement ce qui va sauver mon doctorat, en ce qu’elle est précisément la seule, dans mon entourage beyrouthin, à m’encourager dans ma continuelle quête de perfectionnement de la langue arabe (à l’écrit comme à l’oral).

Bref, voilà donc l’histoire de l’article de journal qui mène à des rencontres et des voyages !

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À propos de Luisa Noor

Graduate Student, Middle East fan ( yes, it does exist, and it's not even a sickness ), languages fan, traveller, future social anthropologist/ film-maker/ writer ... Etudiante, fan du moyen orient ( ben oui, ça existe aussi ), fan de langues, voyageuse, future anthropologue / réalisatrice / écrivain ...

Discussion

4 réflexions sur “Effets papillonants

  1. Felicitations pour cet article et cette belle rencontre. Pourrais tu donner le lien de l’article que je le lise ?s

    Publié par sarah | mai 25, 2016, 21:28
  2. Wow, félicitations tu en as parcouru du chemin 🙂
    quand j’aurai un meilleur niveau je lirai cet article hihi
    j’espère que ton doctorat se passe bien! bonne continuation

    Publié par Célia | juin 6, 2016, 22:07

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