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Lecture intensive ou extensive + nouvelle rubrique !

Alors que je suis presque au bout d’un livre en allemand (que je lis en parallèle avec sa traduction anglaise), je me suis retrouvé à planer dans une séance de réflexion, façon regard dans le vague, sur mes façons de lire, et leur évolution.

Quand j’ai appris l’arabe, chaque texte qui me tombait sous la main était l’objet d’une séance d’étude minutieuse, façon fourmi, pour qu’aucun mot ne m’échappe. Je voulais tout savoir, sur chaque mot. Lire une seule page de roman en l’espace de 3h ne me posait donc pas de problème, pas même de motivation. Et bien avant que cela m’ait ennuyé, j’étais arrivée à un rythme de lecture plus soutenu, donc j’avançais plus vite, et la motivation restait la même. Je me promenais partout avec mon dico de 2 kg. J’ai appris ensuite que c’était ce qu’on appelle « lecture intensive », ce qu’on fait généralement à l’école et à l’université quand on apprend des langues étrangères … Tout le monde doit se rappeler d’un cours ou deux où le prof était capable de tenir une heure complète sur 3 phrases !

Là, avec l’allemand, j’en suis arrivée à l’inverse : aucun dictionnaire, et je lis aussi vite que possible, en m’arrêtant à peine sur les mots inconnus. De l’extérieur, tout le monde croit que je suis devenue super bonne en allemand très vite, mais en vrai, c’est juste une autre technique pour garder la motivation, alors que je suis toujours dans la phase débutante. J’avais démarré en mode intensif, le seul que je connaissais pour apprendre une langue : une page par heure. Mais je m’étais très vite ennuyé et dégoûtée, et laissé le livre de côté. J’envisageais de laisser tomber l’allemand. Puis en lisant des choses sur internet, en me rappelant ma façon de lire les livres en français, je me suis dit que j’allais essayer le mode extensif : lire autant que possible, aussi vite que possible, en ne me préoccupant pas de la difficulté. Quand je prends un livre en français qui me paraît intéressant, ma vitesse de leture n’est pas toujours égale : lecture rapprochée, en diagonale, etc … Alors pourquoi pas en allemand ?

C’est là que la traduction est pratique : le livre en allemand tout seul est incompréhensible sauf pour les petits mots de base et les phrases très simples, donc pour pouvoir avancer dans l’histoire (et donc garder la motivation naturelle que l’on a à lire un livre qui a retenu notre attention), j’alterne avec la traduction. Quand je veux prendre mon temps, sur un passage ou un paragraphe qui m’intéresse particulièrement, je l’attaque phrase par phrase : je lis d’abord en allemand, puis traduit, puis de nouveau en allemand avec la signification du sens complète dans ma tête, que je rattache immédiatement aux mots allemands … Quand le passage m’ennuie un peu, je lis rapidement d’abord la traduction, puis rapidement le passage en allemand, et je continue. Au début je luttais contre ma culpabilité (« enfin, tu as acheté ce livre, c’est pas pour négliger des paragraphes entiers ! »), puis j’ai très vite compris que la négligence avait ses vertus : je reste motivée, j’ai envie de savoir la fin, et j’apprends quand même des mots.

Je fais du coup confiance à mon cerveau pour imprimer les mots inconnus tout seul, inconsciemment, ce qui est peut-être plus lent que la version intensive, mais qui dans ce cas me permet de préserver ma motivation … Et donc vouloir lire d’autre choses en allemand par la suite, au lieu de laisser tomber complètement l’apprentissage de l’allemand. Et je lirai peut-être ces autres choses (comme des articles de journaux) de façon intensive.

Et à force de voir un mot inconnu, dans différents contextes lui correspondant, on finit par le retenir malgré tout. Une fois de plus, garder ma motivation était plus important que de rester figées sur mes méthodes habituelles … Plus important que n’importe quoi d’autre à vrai dire. A vous de trouver quel type de lecture, ou quelle technique de façon générale, vous convient mieux pour le moment, selon le texte, quitte à changer par la suite.

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Deuxième thème du jour : à défaut d’être une experte informatique et savoir comment installer un forum sur un blog, je viens de faire une nouvelle rubrique (en haut à droite), « Témoignages ». Comme je l’ai fait dans ce blog à travers quelques posts, je propose à quiconque est intéressé de laisser son témoignage.

Si vous êtes intéressé, laisser moi un commentaire et je vous envoie en mail privé un petit questionnaire sur le thème des langues et des voyages (faits ou à faire), auquel vous répondrez comme vous voulez. Je publierai ensuite vos réponses dans la rubrique, sous le pseudo ou nom de votre choix, pour en faire profitez tout le monde (et moi en premier !). J’ai toujours aimé lire des témoignages de polyglottes, ou simplement de personnes qui ont appris une autre langue, et de toutes les conséquences que cela a pu amener dans leur vie … Cela donne souvent de jolis exemples de motivations et d’expériences, et on se sent aussi moins seul dans notre quête linguistique, surtout pour ceux qui apprennent en « solo ». Quête qui parfois ressemble plus à une errance sans but clair qu’un parcours balisé et planifié, mais j’ai toujours trouvé que ces errances étaient les plus intéressantes, et qui amenaient à des résultats inattendus et gratifiants. Bref … A vos plumes ! (Ou plutôt, claviers !)

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Pour terminer, une petite image qui peut aider les arabisants en herbe à retenir les diverses petites expression quotidiennes qui invoquent « Allah ». Petites expressions automatiques qui donnent une impression religieuse ou mystique aux conversations les plus banales pour qui n’est pas habitué, mais qui sont pour beaucoup d’arabophones plus une habitude linguistique qu’une conviction religieuse réfléchie … (On retrouve ce phénomène dans d’autres langues et d’autres registres, commes les « sacres » en français québécois – c’est-à-dire les jurons, qui utilisent tout un tas de mots se rapportant à l’église : tabernacle, calisse, Christ …)

Ces expressions, même si à priori catégorisées comme « islamiques » (surtout la cinquième) et même si les circonstances géopolitiques tendant à diviser plus qu’à unir tend aussi à déteindre sur les habitudes linguistiques des gens, ces expressions peuvent être utilisées aussi par tout le monde : après tout « Allah » ne veut rien dire d’autre que « Dieu », et, comme j’ai déjà dû le dire ailleurs, « Allah Akbar » n’est finalement que la version arabe de « Aléluyah », version arrangée avec le temps de l’araméen, voulant dire la même chose.

Voilà donc une des dernières inventions de Facebook à notre service, « Si Facebook était dirigé par des musulmans » :

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Petites précisions :

  • Je trouve que « masha’Allah » et « Subhan Allah » sont souvent utilisés pour les mêmes choses impliquant étonnement et/ou admiration.
  • Pour les curieux : le cinquième, « Innaa lillah » se réfère à une expression coranique dont voici le verset complet : الَّذِينَ إِذَا أَصَابَتْهُم مُّصِيبَةٌ قَالُواْ إِنَّا لِلّهِ وَإِنَّـا إِلَيْهِ رَاجِعونَ (traduction grossière : ‘ceux à qui arrivent un malheur disent « nous sommes à Dieu et vers lui nous revenons’ « ). Cette petite phrase qui correspond à la deuxième moitié du verset, Innâ lillâh wa innâ ilayhi râji3ûn, est prononcée lors du décès de quelqu’un (ou d’un malheur de façon générale).
  • « Astarfighullah », équivalent de « Que Dieu me pardonne », est utilisé aussi pour les moments impliquant gêne et honte, pas seulement la colère.
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À propos de Luisa Noor

Graduate Student, Middle East fan ( yes, it does exist, and it's not even a sickness ), languages fan, traveller, future social anthropologist/ film-maker/ writer ... Etudiante, fan du moyen orient ( ben oui, ça existe aussi ), fan de langues, voyageuse, future anthropologue / réalisatrice / écrivain ...

Discussion

6 réflexions sur “Lecture intensive ou extensive + nouvelle rubrique !

  1. Bravo pour cet article Luisa! (et les autres d’ailleurs). J’ai bien aimé l’analyse lecture intensive/extensive, je n’avais jamais « conceptualisé » les manières de lire des livres mais ça ressemble instinctivement à ma façon de lire. En ce moment je me mets à l’anglais et pour progresser je lis un bouquin en anglais retraçant une conversation entre un agent des renseignements anglais et un terroriste égyptien. (je suis en plain dans l’actualité ^^ le livre ne m’a couté que 3 euros puisqu’il fait partie des promotions que la librairie Gibert Joseph du boulevard st Michel, pas loin de ma fac, met en vente). Je suis surpris de la facilité avec laquelle on comprend la conversation bien que tous les mots ne soient pas accessibles sans dico. Je suis donc en train de faire une lecture extensive. Je pense que pour les lectures intensives, le mieux c’est encore de lire des courts textes ou des petits ouvrages pour ne pas que la longueur de la lecture soit une source de découragement. Enfin, pour la partie « témoignages », il est clair que je vais témoigner! Super article et bonne continuation!

    Publié par omar | juillet 25, 2016, 11:50
  2. Super article, j’attends toujours tes articles avec impatience! En fait pour réagir, je fais a peu près pareil en anglais je lis sans vraiment m’arrêter sur les mots. Sauf que ça fait maintenant deux ans que je lis comme ça, j’arrive à comprendre mais y’a pas mal de mots qui m’échappent parce que je lis globalement. Du coup j’essaie de changer un peu et de regarder la signification des mots que je ne connais pas, parce que arrivé à un moment je trouve que je stagne vraiment dans mon apprentissage de l’anglais à cause de ça justement, en me suffisant de ce que je sais déjà. Par contre pour l’arabe, je fais ta méthode de lecture intensive. Mais je t’avouerai que depuis un mois j’ai un peu mis ça sur pause car bon c’est dur de maintenir une telle lecture tous les jours en terme de motivation. En deux ou trois mois j’en suis toujours à 30 pages ou 35 pages lol.
    En tout cas félicitations pour ton allemand, j’aimerais un jour l’apprendre aussi. Bises

    Publié par sarah | juillet 25, 2016, 13:36
  3. Coucou Luisa! Très bien ton article ! Je suis en train d’apprendre l’italien car je fais un an d’Erasmus à Bologne donc je dois m’y mettre là. Je travaille et je n’ai pas la motivation le soir en rentrant j’ai la méthode italien assimil…. Mais bon il faut en plus c’est assez simple comme langue! Wow tu étais vraiment motivée à apprendre l’arabe la lecture intensive devait être très prenante, il faudrait que je commence à lire des livres en arabe avec un dictionnaire… Là je lis des articles en italien pour enregistrer du vocabulaire, mais j’aimerais m’entraîner à m’exprimer. J’avais une idée: dans la journée noter des petites phrases que j’aimerais dire ou des observations, puis les traduire en italien pour apprendre à m’exprimer et avoir une conversation, dire des choses banales pour communiquer. Je vais m’y mettre.
    Sinon l’image m’a bien fait rire hihi et poster des témoignages peut être très intéressant !!!

    ps: j’ai lu l’article que tu avais écrit en anglais pour le roman Judgment Day et je me suis rendu compte que je l’avais emprunté à la bibliothèque sauf que je ne l’ai pas fini car je l’ai trouvé assez long… Et l’absence d’informations spatio-temporelles me perturbait un peu je crois. Dommage l’histoire en elle-même était intéressante, mais je n’ai pas trop aimé le style. Peut être qu’en arabe ça serait meilleur… voilà bisous!

    Publié par Célia | août 7, 2016, 11:01
    • L’idée de noter des petites phrases pendant la journée et les traduire est effectivement une très bonne idée. Je ne me rappelle pas l’avoir fait de façon continue, mais je sais que c’est assez efficace, comme tout exercice de traduction, qui permet de fixer les mots en mémoire d’une façon un peu plus active que la simple lecture. Mais lorsqu’on est très occupé, il faut viser ce qui est le plus rapide et le plus motivant, sinon effectivement il est difficile de s’en sortir … Pour moi l’italien a justement ce danger qu’il apparaît comme très facile : j’ai toujours voulu m’y mettre, et je l’ai toujours remis à plus tard, en me disant bêtement « faisons le plus dur d’abord » ! Alors qu’au final l’italien a ses petites difficultés, comme toute langue … Même si intuitivement, à cause des racines latines, on peut progresser nettement plus rapidement qu’avec de l’arabe ou du japonais.

      Pour ce qui est du livre de Rasha Al Ameer, effectivement le roman est particulier, tant pour le style (très classique) que l’histoire (ce qui m’a justement plus dans l’obstination de l’auteur de ne donner aucun nom de pays ou de de personnage est qu’en plus de donner une dimension un peu universelle et intemporelle à l’histoire, cela permet de se fixer plus sur la symbolique des personnages, de ce qu’ils représentent). Le traducteur a essayé de coller au style classique qu’a le livre en arabe, et même s’il c’est réussi pour certains aspects, l’original n’a bien sûr rien à voir. C’est aussi pour ça que je m’y suis repris à plusieurs fois, et que j’ai attendu tant de temps avant de m’y mettre …

      En tous cas bon courage pour l’italien, et profite bien de ton année Erasmus ! Si tu veux déposer ton propre témoignage dans la rubrique, fais-moi signe 😉

      Publié par Luisa Noor | août 12, 2016, 19:19
      • Merci pour ta réponse, oui l’italien a aussi ses petites particularités, mais sinon ça ressemble beaucoup au français, ça m’aide à m’y retrouver car je n’ai pas avancé tant que ça et mes cours commencent bientôt… Merci beaucoup je vais en profiter oui! Pour mon témoignage à la fin de l’expérience pourquoi pas… 🙂 je reviendrai sur ton blog de temps en temps. A bientôt Luisa !

        Publié par Célia | septembre 10, 2016, 20:20
  4. Félicitations !

    C’est une démarche très intéressante à plusieurs points de vue. J’ai également remarqué l’importance d’alterner les deux modes de lecture dans l’apprentissage d’une langue. Lire un ouvrage avec sa traduction en parallèle offre beaucoup d’avantages notamment celui de ne pas devoir uniquement se cantonner à des textes comme ceux qui se trouvent dans certains manuels d’apprentissage dont les thèmes et le manque d’authenticité peuvent lasser à la longue. Ce que je trouve aussi intéressant dans la lecture à l’aide de la traduction, c’est de découvrir comment certaines expressions et termes ont été traduits, en particulier ce qui est caractéristique du milieu décrit par l’auteur. Pour la combinaison linguistique arabe-français, étant donné les différences culturelles, géographiques et la présence en alternance de l’arabe classique/arabe dialectal, il y a beaucoup de sujets intéressants. J’ai eu l’occasion de discuter de questions de traduction à l’université avec des étudiants arabophones et entre autres de la traduction de termes qui n’existent pas en arabe. Dans ce cas et en fonction de la situation, différentes possibilités existent. La traduction de passages écrits en arabe dialectal est également un sujet qui suscite de nombreuses questions : vont-ils être traduits à l’aide d’un dialecte, si oui, lequel ? Si un dialecte est choisi, lequel choisir pour ne pas entretenir d’éventuels stéréotypes, sera-t-il compris par un grand nombre de lecteurs ?
    La traduction d’éléments du quotidien propres au pays où le récit se situe est un élément auquel on peut prêter attention même en ayant un vocabulaire qui s’étoffe peu à peu. Se poser des questions sur la manière dont des mots liés à un certain thème (par ex. magasins, institutions, programmes télévisés) ont été traduits permet aussi de moins se focaliser sur le temps pris par la lecture intensive.

    Publié par Laetitia Michel | août 18, 2016, 15:56

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