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Français, espagnol et arabe – Par André

Décris-moi brièvement ton profil : ce que tu fais dans la vie, ce qui t’intéresse, d’où tu viens … :

Bonjour Luisa, je m’appelle André (le prénom a été modifié). J’ai fait des études d’histoire – malheureusement non consacrées au monde arabe et interrompues trop tôt à mon goût, c’est-à-dire avant le doctorat. Je m’intéresse beaucoup à l’histoire et à l’actualité du monde arabe et mon objectif est de reprendre mes études un jour pour les orienter vers ce domaine.

Quelle(s) langue(s) as-tu appris(es) ? Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à apprendre cette ou ces langue(s) ?

J’ai appris l’espagnol et je suis en train d’apprendre l’arabe littéral. L’espagnol était ma LV2. J’ai appris à aimer cette langue grâce à mes meilleurs amis qui sont hispanophones et à un cours sur l’Amérique hispanique à l’Université. Au lycée l’espagnol représentait pour moi une corvée. C’est vraiment de ma faute – paresse lycéenne aigue oblige, je travaillais 5min et je me reposais 2h – même si certains profs ne m’ont pas forcément aidé à aimer cette langue. Tant de choses auraient pu à l’époque m’accrocher sérieusement à la civilisation hispanique et à sa langue mais de sempiternels ressassements de la grammaire et de la dictature n’ont pas su me motiver.

Et quelle est ta préférée, s’il y en a une ?

Le français indéniablement. Parce que ce fut une grande langue de civilisation avant le règne de la consommation et du commerce qui a imposé l’anglais. Elle représente pour moi un monde plus ouvert à la culture et à l’échange culturel, moins uniforme, moins triste.

Qu’est-ce qui t’intéresse le plus dans cette langue ? (que cela soit au niveau de la grammaire, de l’histoire, ou autre …)

Pour l’espagnol et l’arabe, c’est l’accès privilégié qu’elle me donne aux mondes hispanique et arabe. En ce qui concerne le français, c’est la littérature et l’accès à la francophonie.

Qu’est-ce que tu as découvert ou appris grâce à l’apprentissage de cette langue ?

J’ai découvert à quel point apprendre la langue de l’autre brise la glace, dilate le cœur pour échanger en vérité, avec plus d’amour et de respect.

As-tu une anecdote liée à ton apprentissage de la langue, et/ou à un voyage que tu aurais fait grâce à elle ?

L’anecdote dont je me souviens ne concerne ni le français, ni l’arabe et ni l’espagnol mais le croate ! Je me souviens d’un voyage en Croatie avec des amis avant lequel il m’avait semblé normal d’apprendre les rudiments de la langue. Cela m’a ouvert beaucoup de portes qui restent fermées au touriste lambda et même permis de réaliser quelques économies comme dans ce couvent où le vendeur de ticket après avoir constaté mes efforts pour m’exprimer dans sa langue me laissa passer sans payer avec un grand sourire – contrairement aux personnes devant moi qui s’étaient exprimées en américain outrancier ou en anglais de tourisme.

Les voyages : As-tu déjà voyagé dans le(s) pays parlant cette langue ?

Seulement l’Espagne pour l’espagnol. En fait je suis capable d’aller 7 fois au même endroit pour mieux le connaitre, l’apprécier, le comprendre. J’ai sûrement le temps et l’argent de « faire » toute l’Amérique hispanique comme on dit mais je n’apprécie pas beaucoup le zapping et la rentabilité dans les voyages. Pour l’arabe, dans tout le monde arabe sauf la Lybie, Israël et les pays du Golfe – Iraq inclus. Enfin pour le français, hormis la France je suis allé en Belgique, en Afrique du nord et au Liban.

Si oui : Avant d’y aller, qu’est-ce qui t’attirait particulièrement dans ce pays ? Qu’est-ce qui t’inquiétait ?

Avant d’aller en Algérie, je dois dire que j’avais presque plus d’inquiétudes que de motifs d’attirance particulière. Origines familiales, intérêt pour l’histoire du pays, la diversité linguistique aussi et enfin attrait pour les paysages méditerranéens d’un côté mais toutes les inquiétudes qu’on peut avoir vis-à-vis d’un pays dit « fermé » et elles sont en général nombreuses. Allais-je être bien accueilli ? Allais-je même rentrer vivant ?

Après y avoir été, en quoi son expérience a changé tes suppositions ?

Cette expérience a bouleversé toutes mes suppositions. Beaucoup de pays souffre d’une mauvaise image et avec le monde arabe on est bien servi – l’Algérie étant sans doute dans le peloton de tête. Or je pense vraiment que les pays fermés ne sont pas forcément ceux auxquels on pense d’emblée. Certains pays cumulent de multiples difficultés mais compensent avec énormément d’humanité. Les voyageurs n’y sont pas considérés comme des billets sur pattes et veulent plus donner que recevoir. C’est le secret de ces pays dont personne – et ni eux-mêmes – ne fait la réclame.

As-tu déjà vécu des “chocs culturels” ?

C’est très subjectif et j’en oublie sûrement beaucoup mais à l’heure présente je repense à une soirée chez un jordanien d’origine palestinienne dans une ville moyenne de Jordanie proche de la frontière syrienne. Sa vieille mère était là et regardait religieusement une série égyptienne à la télévision. Quant à notre ami il fumait tout aussi religieusement le narguilé sans forcément nous prêter une grande attention ou se motiver à entretenir une conversation. Ce qui peut passer en Occident pour un manque de politesse impardonnable m’a paru naturel là-bas, apaisant, délivré de l’obsession du temps qui tyrannise l’existence des Occidentaux. J’ai retrouvé ce bonheur, cette vraie liberté, plus d’une fois lors de mes séjours dans le monde arabe.

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